La précarité menstruelle

29/03/2021

Qu'est-ce que la précarité menstruelle ?

La précarité menstruelle est la difficulté ou le manque d'accès aux protections hygiéniques des personnes menstruées en raison de leurs faibles ressources économiques ou du milieu social dans lequel elles vivent.

Dans le monde, près de 500 millions de femmes n'auraient pas les moyens de se procurer régulièrement des protections hygiéniques. Qu'elles soient pauvres, sans abris, étudiantes, salariées ou autre : en France, elles seraient entre 1,5 et 2 millions.

Récemment, le taux de TVA appliqué à ces produits a été débattu et réduit, passant d'un taux de 20% à 5,5%. En effet, la Loi n°2015-1785 du 29 décembre 2015 de finances pour 2016, les a considéré comme étant des produits de première nécessité et a donc modifié l'article 278-0 bis du Code général des Impôts.

Cependant, malgré cette évolution, certaines personnes concernées déclarent renoncer à changer de protections périodiques autant qu'il le faudrait, faute de moyens ; touchant ainsi des personnes en grande difficultés financières.


Quelles sont les conséquences de ne pas avoir accès aux protections menstruelles ?

Le fait de ne pas changer régulièrement de protections hygiéniques est dangereux pour la santé. De même, acheter des produits de mauvaise qualité (car souvent moins chers), peut présenter des risques.

En effet, l'utilisation prolongée de tampons peut être nocif pour la santé voire mortel. Ce risque est celui du syndrome du choc toxique. « Certaines femmes sont porteuses du staphylocoque doré, une bactérie qui n'est normalement pas dangereuse, mais porter un tampon de manière prolongée peut la 'bloquer' au niveau du vagin. Alors, elle se multiplie et produit des toxines dangereuses », explique au micro de LCI le Dr Gérard Lina, biologiste médical au CHU de Lyon. (source passeportsante.net). Il est alors déconseillé de ne pas en avoir une utilisation prolongée.

De plus, l'Agence de sécurité sanitaire recommande aux fabricants d'éliminer ces composés chimiques aux effets cancérogènes ou perturbateurs endocriniens. La majorité des protections hygiéniques est composée de produits néfastes pour la flore vaginale, ce qui favorise par ailleurs le risque de choc toxique.


Que faire face aux composants problématiques de ces produits ?

Les produits hygiéniques, ne bénéficiant pas d'une législation spécifique au niveau européen, relèvent de la Directive 2001/95/CE relative à la sécurité générale des produits. Celle-ci n'oblige pas les producteurs à révéler les composants ou ingrédients du produit.

De plus, en décembre 2015, la Commission européenne indiquait ne pas considérer de nouvelles mesures réglementaires sur ce sujet.

Ainsi, aujourd'hui, aucune disposition du Droit de l'Union européenne (UE) n'instaure de garantie pour les consommateurs en ce qui concerne la qualité des produits de même marque et ayant le même emballage vendus sur le marché intérieur.

Une Directive européenne se doit d'être respectée par les États membres de l'UE. L'un des objectifs de l'UE est la lutte contre la pauvreté ainsi que l'égalité femme homme. Cette dernière est la priorité de la Commission Européenne sous le chef de Ursula Von Der Leyen.

Lors d'une enquête sur les produits d'hygiène féminine réalisée en 2016, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes avait contrôlé la sécurité et la conformité des étiquetages de divers produits commercialisés en France. Elle a immédiatement saisi l'Anses après avoir constaté la présence de certaines substances chimiques dans ces produits, pour évaluer les risques sanitaires encourus et, de manière plus générale, la sécurité des protections d'hygiène féminine.

Un avis de l'Anses a donc été publié sur le sujet en juillet 2018 et mis à jour en janvier 2020. Dans cet avis, l'Anses considère que les concentrations en substances chimiques indésirables retrouvées ne sont pas susceptibles de présenter un risque pour la santé, et n'établit pas de lien entre la présence de ces substances et l'apparition du principal risque lié au port de protections internes (tampons ou coupes menstruelles), à savoir le syndrome de choc toxique menstruel. Elle insiste particulièrement sur ce risque microbiologique, notamment lié aux conditions d'utilisation des protections, qui peut conduire à de graves complications. Cette question reste alors encore en suspens mais ne marque pas le point final de ce débat.

Toutefois, si le lien de causalité n'est pas établi entre les composants de ces produits et les dégâts constatés pour la santé des personnes utilisatrices de ces produits, des risques mineurs comme des démangeaisons ou des irritations sont relevés par certaines lors du port de ces derniers. Il existe des solutions alternatives face à cela.


Quelles sont les évolutions de cette problématique ?

D'une part , avec la levée du tabou autour des menstruations notamment, de nombreuses marques proposent désormais des produits périodiques naturels ou moins chimiques. En somme, quel que soit leur mode de fabrication, ils seraient meilleurs pour la santé des personnes menstruées (et pour l'environnement pour certaines).

D'autre part, de nombreuses associations s'engagent dans la promotion des droits des femmes et notamment dans la lutte contre la précarité menstruelle (telles que girls.excel., Dons Solidaires, May asso, etc.). Certains médias les promeut également. Des gouvernements s'engagent à pallier ce problème également.

En mars 2019, une proposition de loi visait à assurer la gratuité des protections menstruelles et à garantir leur sécurité sanitaire. Celle-ci prévoyait le remboursement par la Sécurité sociale des produits inscrits comme protections menstruelles. De plus, il était inscrit en son article 3 que l'État, en collaboration avec les collectivités territoriales, mettrait en place des campagnes d'information et de sensibilisation auprès des élèves de collège, portant sur la diversité des méthodes de protection, les règles douloureuses et la prévention des actes de harcèlement liés aux menstruations. Le but étant ici de lutter contre la précarité menstruelle dans son ensemble, aussi bien sous l'aspect sociologique qu'économique. Ce projet de loi n'a pas encore abouti.

Par ailleurs, le 24 novembre 2020, l'Ecosse fut le premier pays, à garantir un accès gratuit et universel aux tampons et serviettes dans toutes les écoles, lycées et universités. Cette loi, portée par la députée Monica Lennon et adoptée par le Parlement écossais, souligne l'importance de lutter contre la précarité menstruelle « alimentée par le coût des protections périodiques, le manque d'éducation, la stigmatisation et la honte liée aux règles » commentait Rose Caldwell (Directrice générale de l'organisation caritative Plan International UK).

De plus, en janvier, la région Île-de-France a annoncé qu'au printemps 2021, tous les lycées mettront gratuitement à disposition des distributeurs de protections périodiques bio. Elle sera la première région française à le faire. D'autres pays suivent le même chemin comme le Sri Lanka où les écolières vont pouvoir en bénéficier. En France, certaines mutuelles santé remboursent une partie des protections menstruelles pour les étudiantes.

Le 23 février 2021, la Ministre de l'enseignement supérieur a annoncé qu'en septembre 2021 des distributeurs seront disponibles dans toutes les résidences universitaires des Crous et les services de santé universitaires seront équipés en distributeurs de protections hygiéniques. Ces protections seront « respectueuses de l'environnement » assure-t-elle.

Un rapport a été publié mardi 11 février 2021 par les députées Laëtitia Romeiro Dias et Bénédicte Taurine sur les règles et le tabou qu'elles constituent encore dans notre société. L'inégalité des femmes dans l'accès à des produits d'hygiène est un phénomène que la sénatrice Patricia Schillinger dénonçait déjà dans son rapport remis aux ministres en novembre 2019.

Ce phénomène n'est pas nouveau, en espérant qu'encore de nombreux progrès vont suivre et seront mis en œuvre, et ce partout dans le monde pour que ces millions de personnes puissent vivre convenablement durant leurs cycles sans cette problématique financière et d'accessibilité.


Amélie ADAM, étudiante à l'Université Paris 8