Le « Chèque Psy Etudiant » : dispositif insuffisant face à la détresse étudiante ?

06/05/2021
Lyon, 21/01/21. Manifestation étudiante réclamant davantage de moyens face à leur précarisation, leur isolement et leur détresse depuis le début de la pandémie.
Lyon, 21/01/21. Manifestation étudiante réclamant davantage de moyens face à leur précarisation, leur isolement et leur détresse depuis le début de la pandémie.

Le 1er février 2021, le Gouvernement a mis en place le dispositif « Chèque Psy Etudiant » qui permet le remboursement d'un certain nombre de consultations psychologiques pour les étudiant-e-s.

En effet, les consultations chez les psychologues ne sont, en principe, pas remboursées par la Sécurité sociale. A cet égard, il semble important de distinguer les consultations psychologiques des consultations psychiatriques qui sont, elles, remboursées. La différence réside en le fait que les psychiatres sont des médecins spécialisés faisant partie du régime de la protection universelle maladie (Puma). Ce régime a été introduit par la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2016 et est entré en vigueur le 1er janvier 2016 dans l'article L. 160-1 du Code de la Sécurité sociale. La Puma garantit à toute personne travaillant ou résidant en France de manière stable et régulière un droit à la prise en charge de ses frais de santé à titre personnel et de manière continue tout au long de la vie. Cette protection permet également de rester dans le même régime d'assurance maladie, y compris en cas de perte d'activité ou de changement de situation personnelle.  

Les psychologues ne disposant pas du statut de médecin, et ne faisant ainsi pas partie de ce régime, leurs consultations ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale.

Pour autant, face à l'épidémie de la Covid-19 et à l'augmentation de la détresse étudiante, le Gouvernement a décidé de mettre en place le dispositif « Chèque Psy Etudiant ». Celui-ci donne accès à la plateforme Santé Psy Etudiant, ouvert depuis le 10 mars 2021, et qui permet aux étudiant-e-s de trouver des psychologues, et à ces dernier-e-s de s'inscrire pour participer à ce programme d'accompagnement. 

Bien que nécessaire pour rendre les soins psychologiques plus accessibles aux étudiant-e-s, ce dispositif semble insuffisant au regard de l'urgence de la situation psychologique des principaux concernés.

D'abord, pour accéder aux consultations psychologiques, les étudiant-e-s doivent suivre un parcours de soins coordonnés, avec lequel ils ont à consulter un médecin généraliste ou les services de santé universitaires (SSU) qui vont déterminer la nécessité de ces consultations. Cette procédure alourdit le processus d'accès aux soins, alors que ce dispositif se destine à son contraire. Par ailleurs, les consultations de psychologues sont encore souvent un tabou pour de nombreuses personnes, et la multiplication des étapes pourrait constituer un frein à l'accès aux soins.

Ensuite, si le médecin généraliste ou les SSU estiment les consultations nécessaires, 3 séances peuvent être accordées à l'étudiant-e. Ces séances sont renouvelables 3 fois si le médecin le juge nécessaire. Les étudiant-e-s disposent ainsi au total et au maximum de 6 séances remboursées. A cet égard, c'est l'absence de continuité des séances qui pose question. De nombreux psychologues dénoncent en effet l'absence d'un réel suivi des étudiant-e-s et estiment que 3 à 6 séances sont insuffisantes pour véritablement soigner. Ils craignent, au pire, que cela n'entraîne encore plus de détresse si des évènements particulièrement difficiles sont évoqués en séance.

C'est également la crainte que Mme Sylvie Robert, Sénatrice d'Ille-et-Vilaine, a évoqué dans sa question écrite au Gouvernement le 18 février 2021, publiée dans le Journal officiel des questions - Sénat. Le Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (MESRI) lui retourne, dans une réponse publiée dans le Journal officiel des questions - Sénat le 8 avril 2021, que la mise en place de soins coordonnés par le médecin généraliste ou les SSU permettait une poursuite des soins, avec un réseau de différents acteurs concourant à la prise en charge de la santé mentale, tels que le Bureau d'Aide Psychologique Universitaire, les Centres Médico-Psychologiques, les psychiatres ou encore les Centres hospitaliers et psychologues. 

De plus, il semble important de souligner que ce dispositif ne s'adresse qu'à une partie des jeunes. Il ne prend ni en compte les jeunes non étudiant-e-s en situation de précarité, les travailleur-ses, les chômeur-se-s et de manière générale, l'ensemble de la population qui aurait également besoin de suivis psychologiques qui leur seraient plus accessibles.

Il existe pour autant bien des psychologues remboursables par la Sécurité sociale, dans les BAPU, les CMP ou encore les Centres hospitaliers. Cependant, ces systèmes sont saturés. Il faut parfois compter jusqu'à 2 mois d'attente avant d'obtenir un rendez-vous.  

Ainsi, nombreux-ses sont ceux qui souhaiteraient que les consultations de psychologues libéraux soient remboursées par la Sécurité sociale.

C'est pourquoi de 2018 à 2020, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) a expérimenté le remboursement à 100% des frais psychologiques dans le Morbihan, les Bouches-du-Rhône, la Haute-Garonne, ou dans les Landes, dans le cadre d'un parcours de soins.

A la suite de cette expérimentation, la Cour des comptes, dans un rapport publié le 16 février 2021, s'est montrée favorable pour étendre la prise en charge de ces soins à l'ensemble du territoire.

Ainsi, il faudrait espérer une meilleure prise en charge des consultations psychologiques pour tou-te-s en France.


Dorah ZHANG, membre de La Clinique Juridique de Paris 8

L'opinion exprimée dans ce billet n'engage que son autrice.