Face aux défis climatiques croissants et aux risques inhérents au secteur agricole, la protection financière des exploitations devient une priorité absolue. L’assurance multirisque agricole représente un dispositif de protection complet conçu spécifiquement pour répondre aux besoins des agriculteurs. Ce mécanisme d’assurance permet de sécuriser les revenus des exploitants face aux aléas climatiques, sanitaires ou économiques qui menacent constamment leur activité. Dans un contexte où les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient, comprendre les subtilités de cette couverture d’assurance devient indispensable pour tout professionnel du monde agricole souhaitant pérenniser son exploitation.
Fondements et principes de l’assurance multirisque agricole
L’assurance multirisque agricole constitue un dispositif de protection financière spécifiquement adapté aux réalités du secteur agricole. Contrairement aux assurances classiques, elle prend en compte les particularités des exploitations agricoles et les risques multiples auxquels elles sont exposées. Son principe fondamental repose sur la mutualisation des risques entre les assurés, permettant ainsi de répartir les coûts liés aux sinistres sur l’ensemble des cotisants.
Cette forme d’assurance trouve ses racines historiques dans les mutuelles agricoles créées dès la fin du XIXe siècle. Ces structures coopératives visaient à protéger les agriculteurs contre les aléas climatiques et les épizooties. L’évolution progressive du cadre réglementaire a permis l’émergence d’une offre plus sophistiquée, répondant aux besoins spécifiques d’une agriculture moderne confrontée à des risques diversifiés.
Le cadre juridique de l’assurance multirisque agricole s’appuie sur le Code des assurances et le Code rural. Ces textes définissent les conditions dans lesquelles les contrats peuvent être proposés aux exploitants agricoles. La Politique Agricole Commune (PAC) joue un rôle majeur dans le développement de ces assurances, notamment à travers des subventions qui visent à rendre ces produits plus accessibles aux agriculteurs.
L’assurance multirisque agricole se distingue par sa capacité à couvrir simultanément plusieurs types de risques :
- Les risques climatiques (sécheresse, grêle, inondation, gel)
- Les risques sanitaires (épizooties, contaminations)
- Les risques économiques (variation des prix, perte de marchés)
- Les risques liés à la responsabilité civile de l’exploitant
Le principe d’indemnisation repose généralement sur l’évaluation des pertes subies par rapport à un rendement de référence. Ce dernier est calculé sur la base des performances historiques de l’exploitation ou des moyennes régionales. L’agriculteur peut choisir différents niveaux de franchise, qui détermineront à la fois le montant de sa prime d’assurance et le seuil à partir duquel l’indemnisation sera déclenchée.
Les contrats d’assurance multirisque agricole sont structurés autour d’un socle commun auquel peuvent s’ajouter des garanties optionnelles. Cette modularité permet à chaque exploitant de construire une couverture adaptée à ses besoins spécifiques et à son profil de risque. La tarification tient compte de multiples facteurs : localisation géographique, type de cultures ou d’élevage, historique des sinistres, mesures de prévention mises en place, etc.
Dans le contexte du changement climatique, ces assurances connaissent des évolutions majeures. Les assureurs développent des modèles prédictifs plus sophistiqués et intègrent des données satellitaires ou issues de stations météorologiques pour affiner leur analyse des risques. Cette technicité croissante permet une meilleure adaptation des contrats aux réalités locales et aux spécificités de chaque exploitation.
Évolution récente du cadre législatif
La loi d’orientation agricole de 2021 a introduit des modifications substantielles dans le dispositif d’assurance agricole. Elle renforce notamment le rôle de l’État dans le soutien à la diffusion de ces produits d’assurance. Le taux de subvention des primes peut désormais atteindre 70% pour certaines productions considérées comme stratégiques.
Le Fonds National de Gestion des Risques en Agriculture (FNGRA) constitue l’un des piliers du système français. Il intervient en complément des assurances privées et permet d’indemniser des pertes qui ne seraient pas couvertes par les contrats classiques. Ce mécanisme hybride, associant intervention publique et assurances privées, caractérise l’approche française de la gestion des risques agricoles.
Couverture des risques climatiques et naturels
Les risques climatiques représentent la principale menace pour les exploitations agricoles. L’assurance multirisque agricole propose une protection contre ces aléas qui peuvent anéantir en quelques heures le travail de toute une saison. La couverture des phénomènes météorologiques extrêmes constitue donc un volet majeur de ces contrats d’assurance.
La grêle figure parmi les risques les plus couramment assurés. Ce phénomène peut causer des dégâts considérables sur les cultures, particulièrement à certaines périodes critiques comme la floraison ou juste avant la récolte. Les contrats prévoient généralement une indemnisation basée sur l’estimation du pourcentage de perte de rendement. Des experts mandatés par l’assureur évaluent les dommages sur le terrain, en tenant compte du stade de développement des cultures au moment du sinistre.
Le gel tardif constitue un autre risque majeur, notamment pour l’arboriculture et la viticulture. Les épisodes de gel survenant après le débourrement peuvent détruire bourgeons et jeunes pousses, compromettant irrémédiablement la récolte. Les assurances proposent des garanties spécifiques, souvent avec des surprimes pour les zones particulièrement exposées. Des systèmes de franchise adaptés permettent de moduler le coût de la couverture en fonction de la fréquence historique du risque.
Les inondations et excès d’eau sont couverts selon des modalités qui varient en fonction des contrats. L’assurance peut prendre en charge non seulement les dégâts directs sur les cultures, mais aussi les frais de remise en état des parcelles (curage des fossés, réparation des systèmes d’irrigation). La délimitation précise des zones assurables fait l’objet d’une cartographie détaillée, avec des exclusions possibles pour les parcelles situées en zone d’expansion des crues.
À l’inverse, la sécheresse représente un risque croissant dans le contexte du changement climatique. Sa couverture s’avère complexe car ce phénomène s’installe progressivement et affecte de vastes territoires simultanément. Les contrats définissent des indices pluviométriques de référence, en deçà desquels le sinistre est reconnu. Des stations météorologiques de référence sont désignées pour chaque zone assurée, permettant d’objectiver la survenance du risque.
- Garantie tempête : couvre les dommages causés par les vents violents
- Garantie incendie : protège contre les feux de culture ou de bâtiments
- Garantie foudre : indemnise les dégâts directs ou indirects (surtensions)
L’assurance multirisque agricole intègre de plus en plus la notion de rendement de référence pluriannuel. Ce système permet de déclencher une indemnisation lorsque le rendement constaté chute en-dessous d’un certain pourcentage du rendement historique de l’exploitation. Cette approche globale offre l’avantage de couvrir des pertes résultant de la combinaison de plusieurs aléas climatiques modérés qui, pris isolément, n’auraient pas déclenché les garanties.
Les innovations technologiques transforment la gestion des risques climatiques. L’utilisation de données satellitaires et de modèles climatiques sophistiqués permet aux assureurs d’affiner leur connaissance des risques et de proposer des contrats plus précisément calibrés. Certains assureurs développent même des polices paramétriques, où l’indemnisation est automatiquement déclenchée lorsque certains paramètres météorologiques prédéfinis sont atteints, sans nécessité d’expertise sur le terrain.
La réforme de l’assurance récolte de 2023 a introduit un système à trois étages pour mieux protéger les agriculteurs contre les aléas climatiques. Le premier niveau correspond à une prise en charge par l’agriculteur lui-même jusqu’à un certain seuil de pertes. Le deuxième niveau mobilise l’assurance privée subventionnée. Enfin, le troisième niveau fait intervenir la solidarité nationale pour les catastrophes d’ampleur exceptionnelle. Cette architecture vise à garantir une meilleure résilience du système face à la multiplication des événements climatiques extrêmes.
Protection des productions animales et végétales
L’assurance multirisque agricole offre une protection spécifique pour les productions animales, couvrant à la fois les animaux eux-mêmes et les pertes de production qu’ils génèrent. Pour les éleveurs, cette dimension constitue un enjeu majeur de sécurisation économique.
La garantie mortalité du bétail représente le socle de cette protection. Elle intervient en cas de décès d’animaux suite à des maladies, des accidents ou des catastrophes naturelles. Les contrats distinguent généralement la mortalité accidentelle (foudre, noyade, électrocution) de la mortalité due aux maladies. Pour cette dernière, des délais de carence sont souvent appliqués, excluant les pathologies préexistantes à la souscription. Des extensions de garantie peuvent couvrir les frais vétérinaires ou les pertes liées à l’improductivité temporaire des animaux.
Les épizooties font l’objet d’un traitement particulier. Si les maladies réglementées déclenchent des indemnisations publiques via les Groupements de Défense Sanitaire (GDS), l’assurance multirisque agricole peut compléter ce dispositif en couvrant les pertes indirectes : manque à gagner pendant la période de vide sanitaire, frais de reconstitution du cheptel, pertes de qualité ou dévalorisation des produits.
Pour les productions laitières, des garanties spécifiques couvrent les pertes de production consécutives à des problèmes sanitaires ou des stress thermiques. L’indemnisation s’appuie sur des références de production établies à partir des historiques de livraison. Des franchises temporelles ou quantitatives permettent d’adapter le contrat aux besoins de chaque exploitation.
Concernant les productions végétales, l’assurance multirisque agricole va au-delà de la simple couverture des aléas climatiques. Elle peut intégrer des garanties contre les ravageurs et maladies des plantes, sous certaines conditions. Ces garanties font généralement l’objet de clauses restrictives, excluant les problèmes endémiques ou prévisibles.
La qualité des récoltes constitue un enjeu majeur pour de nombreuses productions à haute valeur ajoutée. Des garanties spécifiques peuvent couvrir les pertes de qualité dues à des événements extérieurs, indépendamment des pertes quantitatives. C’est particulièrement le cas pour la viticulture ou l’arboriculture, où le déclassement des produits peut engendrer des pertes financières considérables.
Pour les cultures sous contrat ou les productions soumises à des cahiers des charges stricts (agriculture biologique, appellations d’origine), des garanties adaptées prennent en compte les spécificités de ces modes de production et les risques qui leur sont propres. La valeur assurée intègre alors les plus-values liées à ces démarches qualitatives.
- Protection des cultures spécialisées (maraîchage, horticulture)
- Couverture des pertes sur stocks (céréales, fourrage)
- Garanties pour les cultures pérennes (vignes, vergers)
L’assurance multirisque agricole s’adapte aux systèmes de production diversifiés. Pour les exploitations pratiquant la polyculture-élevage, des contrats globaux permettent de mutualiser les risques entre différentes productions. Cette approche offre l’avantage d’une gestion simplifiée et souvent d’une tarification plus avantageuse que des contrats séparés.
Les productions sous serre ou abri bénéficient de garanties spécifiques. Ces systèmes, s’ils offrent une protection contre certains aléas climatiques, présentent leurs propres vulnérabilités : risques de bris de glace, d’effondrement sous le poids de la neige ou de défaillance des systèmes de régulation thermique. Les contrats d’assurance peuvent couvrir à la fois les structures, les équipements techniques et les cultures qu’ils abritent.
Pour les cultures innovantes ou émergentes (plantes à parfum, nouvelles variétés), l’absence de références historiques complique l’établissement des garanties. Des formules adaptées sont néanmoins proposées, s’appuyant sur des cultures de référence aux caractéristiques similaires ou sur des engagements de rendement minimal contractualisés.
Responsabilité civile et protection juridique de l’exploitant agricole
L’activité agricole expose l’exploitant à divers risques de mise en cause de sa responsabilité civile. L’assurance multirisque agricole intègre des garanties spécifiques pour protéger l’agriculteur contre les conséquences financières de dommages causés à des tiers dans le cadre de son activité professionnelle.
La responsabilité civile exploitation constitue le socle de cette protection. Elle couvre les dommages corporels, matériels ou immatériels causés aux tiers du fait de l’activité agricole. Cette garantie s’étend aux dommages causés par les salariés, les matériels agricoles ou les animaux appartenant à l’exploitation. Elle peut couvrir des situations variées : accident impliquant un engin agricole sur la voie publique, divagation d’animaux provoquant des dégâts chez un voisin, ou encore chute d’un visiteur dans les locaux de l’exploitation.
La pollution accidentelle fait l’objet d’une attention particulière. Les épandages d’engrais ou de produits phytosanitaires, les fuites de lisier ou les déversements accidentels de substances polluantes peuvent engendrer des dommages environnementaux majeurs. L’assurance multirisque agricole propose des garanties spécifiques couvrant à la fois les frais de dépollution et les indemnités dues aux tiers lésés. Ces garanties sont particulièrement pertinentes dans les zones sensibles (proximité de cours d’eau, zones de captage d’eau potable).
La responsabilité du fait des produits livrés représente un risque significatif, notamment pour les exploitations pratiquant la vente directe. Cette garantie couvre les dommages que pourraient causer les produits de l’exploitation après leur livraison : intoxications alimentaires, corps étrangers dans les aliments, ou problèmes sanitaires liés à la conservation des produits. L’étendue de la couverture peut varier selon les circuits de commercialisation et les volumes concernés.
La protection juridique constitue un volet essentiel de l’assurance multirisque agricole. Elle permet à l’exploitant de défendre ses droits, tant en demande qu’en défense, dans le cadre de litiges liés à son activité professionnelle. Cette garantie prend en charge les frais de procédure (honoraires d’avocats, d’experts, frais de justice) et offre souvent un service de conseil juridique préventif.
Les domaines couverts par la protection juridique sont multiples :
- Litiges avec les fournisseurs ou prestataires de services
- Contentieux avec l’administration (MSA, services vétérinaires)
- Conflits relatifs aux baux ruraux ou au foncier agricole
- Différends avec les coopératives ou organismes professionnels
La protection juridique peut s’étendre aux litiges environnementaux, de plus en plus fréquents dans le contexte actuel. Elle permet à l’exploitant de se défendre face à des accusations de non-respect des normes environnementales ou de nuisances, ou à l’inverse, de faire valoir ses droits face à des pollutions subies provenant d’installations industrielles voisines.
Les accidents du travail et maladies professionnelles des exploitants non-salariés font l’objet de garanties spécifiques. Si les salariés agricoles sont couverts par le régime général de la Mutualité Sociale Agricole (MSA), les chefs d’exploitation peuvent compléter cette protection par des garanties adaptées : indemnités journalières en cas d’incapacité temporaire, capital en cas d’invalidité permanente, ou rente pour les ayants droit en cas de décès.
L’assurance peut couvrir les risques numériques auxquels sont de plus en plus exposées les exploitations agricoles modernes. Avec la multiplication des équipements connectés et la numérisation des démarches administratives, les risques de cyberattaques ou de pertes de données augmentent. Des garanties spécifiques couvrent les conséquences de ces incidents : frais de restauration des systèmes informatiques, pertes d’exploitation consécutives, voire rançons exigées lors d’attaques par ransomware.
Enfin, les risques réputationnels font l’objet d’une attention croissante. À l’ère des réseaux sociaux, les exploitations agricoles peuvent subir des campagnes de dénigrement ou des atteintes à leur image. Des garanties spécifiques peuvent couvrir les frais de communication de crise ou de réhabilitation d’image, ainsi que les pertes commerciales consécutives à ces atteintes réputationnelles.
Bâtiments, équipements et pertes d’exploitation
La protection des bâtiments agricoles représente un volet fondamental de l’assurance multirisque agricole. Ces structures, souvent coûteuses et indispensables à l’activité, nécessitent une couverture adaptée à leurs spécificités. Les garanties proposées couvrent généralement les risques d’incendie, d’explosion, de tempête, de catastrophes naturelles, ainsi que les dégâts des eaux ou le vol.
La valeur assurée des bâtiments peut être déterminée selon plusieurs méthodes : valeur à neuf, valeur vétusté déduite, ou valeur de reconstruction. Le choix entre ces options influence directement le montant des primes et le niveau d’indemnisation en cas de sinistre. Pour les bâtiments anciens, des clauses spécifiques peuvent prévoir la prise en charge des mises aux normes obligatoires en cas de reconstruction après sinistre.
Les installations techniques font l’objet d’une attention particulière. Systèmes d’irrigation, installations de traite, chaînes d’alimentation automatisée, équipements de ventilation ou de régulation thermique… Ces équipements représentent des investissements considérables et leur défaillance peut compromettre gravement l’activité. Des garanties spécifiques couvrent les dommages matériels ainsi que les conséquences de ces pannes sur la production.
Le matériel agricole mobile (tracteurs, moissonneuses-batteuses, ensileuses…) peut être intégré à l’assurance multirisque ou faire l’objet de contrats distincts. Les garanties proposées s’apparentent à celles de l’assurance automobile, avec des options tous risques ou au tiers, auxquelles s’ajoutent des couvertures spécifiques pour les équipements attelés ou les accessoires. Des extensions peuvent couvrir le matériel en prêt ou en location, particulièrement pertinentes dans le cadre de CUMA (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole).
Les stocks agricoles (récoltes engrangées, semences, engrais, produits phytosanitaires) représentent une valeur fluctuante mais souvent considérable. Leur couverture tient compte de cette saisonnalité, avec des capitaux assurés adaptables selon les périodes de l’année. Des garanties spécifiques concernent les conditions de stockage, notamment pour les produits sensibles à l’humidité ou nécessitant une conservation sous température contrôlée.
La garantie pertes d’exploitation constitue un complément indispensable à l’assurance des biens matériels. Elle permet de compenser les conséquences financières d’un arrêt ou d’une réduction d’activité suite à un sinistre. Cette garantie couvre généralement la marge brute perdue pendant la période d’indemnisation, ainsi que les frais supplémentaires engagés pour minimiser les conséquences du sinistre (location de matériel de remplacement, recours à des prestataires externes…).
- Couverture des frais fixes qui continuent à courir malgré l’interruption d’activité
- Indemnisation des pertes de revenus pendant la période de reconstitution
- Prise en charge des surcoûts d’exploitation temporaires
Pour les exploitations diversifiées, la garantie pertes d’exploitation peut être adaptée aux différentes activités : production agricole principale, mais aussi transformation à la ferme, agrotourisme, production d’énergie (photovoltaïque, méthanisation). Cette approche globale permet d’appréhender l’ensemble des flux économiques de l’exploitation et d’assurer une meilleure protection en cas de sinistre affectant l’une des activités.
Les calamités agricoles et catastrophes naturelles font l’objet de garanties spécifiques, souvent en complément des dispositifs publics d’indemnisation. Ces garanties peuvent couvrir les franchises ou exclusions des régimes légaux, ou proposer des indemnisations plus rapides dans l’attente des versements officiels, particulièrement précieuses pour préserver la trésorerie de l’exploitation.
La couverture des véhicules utilisés dans le cadre de l’exploitation mérite une attention particulière. Au-delà des garanties classiques (responsabilité civile, dommages tous accidents, vol, incendie), des extensions spécifiques peuvent couvrir les dommages causés lors de l’utilisation agricole : renversement dans les champs, dommages aux cultures lors des manœuvres, ou encore contamination du réservoir par des carburants inappropriés.
Les énergies renouvelables constituent un volet en plein développement. De nombreuses exploitations se diversifient en installant des panneaux photovoltaïques, des éoliennes ou des unités de méthanisation. Ces équipements nécessitent des garanties adaptées, couvrant à la fois les dommages matériels (bris de machine, incendie, événements naturels) et les pertes de recettes consécutives à une interruption de production.
Stratégies d’optimisation et perspectives d’évolution
L’optimisation de la couverture d’assurance multirisque agricole nécessite une approche stratégique adaptée au profil de chaque exploitation. La première étape consiste à réaliser un audit complet des risques spécifiques à l’activité. Cette analyse doit prendre en compte les particularités géographiques, la nature des productions, la structure financière de l’exploitation et les objectifs de l’exploitant.
La modulation des franchises représente un levier d’optimisation majeur. En acceptant une franchise plus élevée, l’exploitant peut réduire significativement le montant de ses primes. Cette stratégie s’avère pertinente pour les risques de fréquence modérée et d’intensité limitée, que l’exploitation peut absorber sur ses fonds propres. En revanche, pour les risques susceptibles de mettre en péril la pérennité de l’activité, une franchise basse ou nulle peut se justifier malgré son coût.
La mise en place de mesures préventives constitue un autre axe d’optimisation. Les assureurs valorisent généralement les démarches visant à réduire la probabilité ou l’impact des sinistres : installations anti-grêle, systèmes d’alerte météo, équipements de sécurité incendie performants, ou encore diversification des productions. Ces investissements peuvent être partiellement compensés par des réductions de primes d’assurance.
Le regroupement des contrats auprès d’un même assureur permet souvent de bénéficier de tarifs préférentiels. Cette approche facilite par ailleurs la gestion administrative et garantit une meilleure cohérence entre les différentes couvertures. Certains assureurs proposent des offres packagées spécifiquement conçues pour différents types d’exploitations (céréaliers, éleveurs, viticulteurs…), combinant les garanties essentielles à des tarifs compétitifs.
L’adhésion à des groupements d’achats ou à des contrats collectifs négociés par des organisations professionnelles peut constituer une source d’économies substantielles. Ces contrats-cadres bénéficient d’un pouvoir de négociation accru et permettent de mutualiser certains frais fixes, réduisant d’autant le coût final pour chaque adhérent.
La révision régulière des contrats s’impose comme une nécessité dans un environnement en constante évolution. Les capitaux assurés doivent être ajustés pour refléter l’évolution du patrimoine de l’exploitation et les garanties adaptées aux nouvelles activités développées. Une sous-évaluation peut conduire à des indemnisations insuffisantes en cas de sinistre, tandis qu’une sur-assurance engendre des surcoûts inutiles.
- Analyse comparative des offres du marché tous les 2-3 ans
- Adaptation des garanties aux évolutions de l’exploitation
- Réévaluation périodique des valeurs assurées
Innovations et tendances émergentes
L’assurance indicielle représente une innovation majeure dans le secteur. Contrairement aux contrats traditionnels qui indemnisent après constatation des dommages, ces polices déclenchent automatiquement des versements lorsque certains paramètres objectifs (pluviométrie, température, débit des cours d’eau) atteignent des seuils prédéfinis. Cette approche réduit les délais d’indemnisation et les coûts d’expertise, mais nécessite des indices parfaitement corrélés aux pertes réelles.
L’intégration des données satellitaires et de l’intelligence artificielle transforme progressivement les pratiques d’assurance agricole. Ces technologies permettent un suivi en temps réel de l’état des cultures, une détection précoce des anomalies et une évaluation plus précise des dommages après sinistre. Certains assureurs développent des applications mobiles permettant aux agriculteurs de déclarer leurs sinistres avec géolocalisation et documentation photographique, accélérant ainsi le processus d’indemnisation.
Les contrats multiannuels gagnent en popularité. Ils offrent à l’exploitant une visibilité accrue sur ses charges d’assurance et le protègent contre les hausses tarifaires brutales suite à un sinistre. Pour l’assureur, ces engagements de long terme permettent d’amortir les risques sur une période plus longue et de fidéliser sa clientèle. Des clauses d’ajustement peuvent néanmoins être prévues pour tenir compte de l’évolution significative du profil de risque.
Les micro-assurances et produits à la carte se développent pour répondre aux besoins spécifiques des petites exploitations ou des productions de niche. Ces offres modulaires permettent de sélectionner précisément les risques à couvrir, sans imposer un package complet potentiellement surdimensionné. Cette approche favorise l’accès à l’assurance pour des exploitations aux moyens limités ou aux besoins très spécifiques.
L’intégration de services complémentaires enrichit progressivement les contrats d’assurance multirisque agricole. Conseil en prévention, assistance technique, accès privilégié à des réseaux d’experts… Ces prestations additionnelles renforcent la valeur ajoutée de l’assurance et contribuent à la réduction effective des risques. Certains assureurs développent même des écosystèmes complets associant assurance, financement, conseil technique et mise en relation avec des prestataires qualifiés.
Face au changement climatique, les assureurs agricoles adaptent leurs modèles et leur offre. Les zones de risque sont redéfinies plus fréquemment, les exclusions territoriales évoluent, et de nouvelles garanties apparaissent pour couvrir des risques émergents. Parallèlement, les pouvoirs publics renforcent leur soutien à ces dispositifs, considérés comme stratégiques pour maintenir la capacité productive du secteur agricole dans un contexte climatique incertain.
Le développement de pools de coassurance spécialisés permet de mutualiser les risques agricoles à plus grande échelle, y compris au niveau international. Ces structures favorisent le partage d’expertise entre assureurs et la constitution de bases statistiques plus robustes, contribuant ainsi à une tarification plus juste et à une meilleure capacité d’absorption des sinistres de grande ampleur.
L’assurance multirisque agricole s’oriente progressivement vers une approche plus holistique de la gestion des risques, associant couverture financière, prévention technique et accompagnement stratégique. Cette évolution répond aux attentes des exploitants qui recherchent non seulement une protection contre les aléas, mais aussi des partenaires capables de les accompagner dans la pérennisation et le développement de leur activité.
